Images pouvant être attribuées à James Elliott ?

Bien qu'Elliott, contrairement à beaucoup de photographes victoriens, ait fait preuve, en marquant sa production, d'un sens aigu de l'authorship, ses tirages ne sont pas systématiquement signés. Curieusement, alors que certains titres sont fréquemment porteurs du timbre sec du photographe ou d'une étiquette permettant une attribution formelle, d'autres, sortant vraisemblablement du même atelier, ne le sont jamais.

Il est facile d'imaginer plusieurs motifs (autres que la modestie) à cet effacement.

 

ElliottChapellerieSans titre (une chapellerie), par James Elliott ??? vers 1860 (collection J. Calvelo)

 

On sait que les photographes et les éditeurs exportaient une partie de la production. D'excellents tirages (comme on peut le constater sur les présentes vues achetées sur le continent) partaient ainsi à l'étranger. Ne trouve-t-on pas outre-Manche, par exemple, des vues estampillées par des photographes français et portant aussi, néanmoins, le timbre sec de la London Stereoscopic Company, un diffuseur dominant le marché anglais ?  Il n'est d'ailleurs pas moins fréquent de trouver en France la production d'opérateurs britanniques portant des étiquettes d'opticiens, de marchands d'estampes ou de photographes-éditeurs français. Cela pour des vues qui étaient expédiées "prêtes à la vente" et, peut-être, en petites quantités. Mais qu'en était-il du transport de plusieurs milliers de vues (scènes de genre variées, séries topographiques complètes) ?

 

ElliottLingeresSans titre (groupe de blanchisseuses), par James Elliott ??? vers 1860 (collection J. Calvelo)

 

Ne peut-on alors supposer que, pour réduire les coûts d'expédition, des tirages destinés à l'exportation aient été, dans certains cas, expédiés avant montage, le papier albuminé étant infiniment plus léger que le carton sur lequel ils était collé. Le réceptionnaire des vues (souvent un autre photographe/éditeur) n'avait sans doute aucune difficulté à les faire ensuite monter dans ses ateliers, sur ses propres cartons, préimprimés ou non, et à leur appliquer ainsi sa marque, ce qui expliquerait une partie des difficultés d'attribution dont les collectionneurs pâtissent aujourd'hui.

 

ElliottChaussureSans titre (mère et fille ?), par James Elliott ??? vers 1860 (collection J. Calvelo)

 

Après tout, la stratégie commerciale de certains photographes-éditeurs ne devait guère différer de celle de beaucoup d'entreprises aujourd'hui, avec leur politique de la marque blanche : commander chez un fabricant (Original Design Manufacturer) un produit auquel on se contente d'appliquer ensuite sa propre marque, bien que l'article ne diffère en rien de celui vendu par la concurrence. Plus d'un smartphone sortant de la même usine, bien des biscuits sortant de la même fabrique se retrouvent sur les rayons des hypermarchés sous des emballages disparates, sans modification... de goût ou de sonorité.

 

 

ElliottTeaTimeSans titre (l'heure du thé), par James Elliott ??? vers 1860 (collection J. Calvelo)

 

Il est certain qu'une assez grande proportion des tirages d'Elliott trouvés sur le continent ne sont pas signés. Le sont-ils plus fréquemment de l'autre côté de la Manche ? C'est une question à laquelle seuls les photophiles britanniques pourraient répondre. Une chose est certaine : la mise en commun des informations par les collectionneurs de divers pays et par les institutions conservant des tirages anciens devrait permettre, avec le temps, d'établir un catalogue… crédible pour chaque photographe, enfin libéré des marques commerciales qui mettent un sérieux désordre dans les attributions.

 


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Photographie 3D " primitive "

Suite des mises en scène signées par James Elliott. "Contemplation", par James Elliott, vers 1858 (collection J. Calvelo) Sans titre, par James Elliott, vers 1858 (collection J. Calvelo) "Going to Court", par James Elliott, vers 1858 (collection J. Calvelo) Sans titre, par James Elliott, vers 1858 (collection J.

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