La colonie agricole de Mettray
Head for the hills (Le Mettray penal colony for young males)

 

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Un photographe ne signant pas ses vues nous a laissé un petit "reportage" sur un établissement pénitentiaire installé à quelques kilomètres de Tours et conçu à l'origine selon des principes philanthropiques : il s'agissait pour ses initiateurs de mettre un terme à l'enfermement des enfants dans des cellules et de favoriser leur éducation par les travaux agricoles.

La colonie pénitentiaire de Mettray en Indre-et-Loire fut créée en 1839, grâce au soutien, notamment, d'Alexis de Tocqueville, pour assurer la réhabilitation des jeunes délinquants. « Améliorer l’homme par la terre et la terre par l'homme », telle était la devise de Frédéric-Auguste Demetz, directeur de cette "maison de redressement".

(En haut de la page : vue stéréoscopique anonyme. Légende au verso : "Colonie de Mettray près Tours", vers 1860. (Coll. J. Calvelo))

L'institution accueillit jusqu'en 1939, date de sa fermeture (elle est devenue aujourd'hui un centre médico-professionnel pour enfants qui présentent des "troubles du comportement"), des milliers d'élèves, dont l'écrivain Jean Genêt, qui y fut interné à l'âge de 15 ans et le fils de Jules Verne, Michel, dont le romancier trouvait le comportement rebelle.

Le lieu avait fini par devenir, au fil des générations, un véritable bagne pour enfants, un enfer, vraisemblablement, de sévices corporels, de tentatives de suicide et de promiscuité sexuelle. Ce qui n'a pas empêché Jean Genêt évoquant les "beaux voyous" de Mettray, de conserver un souvenir ébloui de ce lieu "détestable et adoré".

 

ColonieMettray4Vue stéréoscopique. Légende au verso: "Colonie de Mettray". (Collection J. Calvelo)

 

J'ignore combien de tirages la Bibliothèque nationale a pu conserver de cette suite sur la colonie. Dans le "marché" de la photographie ancienne, en tout cas, les vues de Mettray ne sont pas des plus courantes, et les trouvailles se limitent généralement à une ou deux images, presque toujours les mêmes (les vues de la "parade" sont, je crois, les plus communes).

 

Mettray2Detail

Détail de la vue précédente. Parade devant les "maisons" ?

 

Voici comment était décrite la fameuse institution à l'époque des prises de vue :

« Chacun sait quel est le but de l'établissement de Mettray : soustraire aux pernicieuses influences des maisons de détention les jeunes enfants condamnés par les tribunaux à être enfermés jusqu'à l'âge de dix-huit ou de vingt-et-un ans. (…) La devise des fondateurs : « Améliorer la terre par l'homme et l'homme par la terre. » Cependant on l'a tenté et l'on a réussi au-delà de toute espérance. On a essayé de rattacher ces vocations industrielles à l'agriculture. Une fabrique d'instruments aratoires, qui a remporté des médailles à toutes les expositions où elle a concouru, a été fondée. Quand les colons des grands centres industriels sont parvenus à confectionner avec une certaine habileté des charrues, des machines à battre, à vanner, etc. ; immédiatement on leur fait expérimenter leurs instruments au milieu des champs, labourer, battre, vanner, etc. »
Ce ne sont pas les verrous de leur prison qui les retiennent, car la seule clef qui les renferme, comme on l'a dit spirituellement, c'est la clef des champs. Il est vrai qu'ils sont partout surveillés et accompagnés. Cependant, nul doute qu'ils ne s'évaderaient s'ils en avaient la volonté bien arrêtée, mais ils n'en ont pas la pensée ; ils savent que, repris après leur fuite, ils seraient incarcérés pour toute la durée de leur peine dans une des maisons de correction de l'État, et cette perspective les tente peu. A Mettray, les tentatives d'évasion sont extrêmement rares et, depuis la fondation, chose bien remarquable, pas une d'entre elles n'a réussi. Il est vrai qu'en cas de fuite, le costume que porte chaque colon est un signalement qui aide singulièrement à retrouver sa trace. (…)
Pratique de la religion, amour du travail, émulation de l'exemple, esprit de famille, bon usage de la liberté, habitude de la discipline, culte de l'honneur : tout le système pénitentiaire, toute l'influence moralisatrice de Mettray est dans ces simples et fortes idées. (…)
On les plaint, au lieu de les outrager, et au lieu de les injurier grossièrement, comme trop souvent cela se pratique dans les maisons de détention où les geôliers les apostrophent dans les termes souvent les plus ignobles, on leur répète la belle maxime évangélique, que l'on a même fait inscrire en lettres d'or dans la grande salle de conférences à Mettray : « Dieu ne veut pas qu'un seul d'entre vous périsse. » Avec l'ancien système pénitentiaire, on aigrissait le jeune condamné, au point qu'il ne tendait toutes ses facultés qu'à se venger de la société qu'il considérait comme une marâtre ; à Mettray la religion le réconcilie avec elle. (…)
Dans chacune de ces maisons demeure ce qu'à Mettray on appelle une famille. La famille se compose en moyenne de quarante individus. Chaque famille est propriétaire d'un drapeau autour duquel, dans les cérémonies générales, elle vient se grouper. Chaque membre de la famille se nomme frère, dans ses rapports avec chaque individu soumis au même drapeau. (…)
A Mettray, la moyenne des récidives est de six pour cent.
Sauf le dimanche, où les exercices religieux, l'étude de la musique, de la gymnastique et la distribution des récompenses absorbent tout le temps, voici quelle est la vie du colon : — à cinq heures en été, à six heures en hiver, le colon se lève, s'habille, se livre aux ablutions de propreté et fait sa prière. Jusqu'à huit heures, travail manuel ; à huit heures et demie, déjeuner et récréation ; à neuf heures, travail manuel ; à midi, dîner et récréation ; à une heure, classe de deux heures en été pendant les grandes chaleurs, puis quatre heures de travail manuel ; en hiver, travail manuel de quatre heures le jour, et deux heures de classe à la lumière ; à huit heures du soir, souper, chant du soir, prière ; à neuf heures, coucher. »
in Revue de Bretagne et de Vendée, par J. Forest aîné, 1862

Mettray3Vue stéréoscopique anonyme. Légende au verso: "Patio de la colonie". (Coll. JC)

Mettray1Vue stéréoscopique anonyme non légendée. Devant les "maisons", un autre moment de la parade ? (Coll. JC)

 

 

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La photographie en relief primitive

William Morris Grundy, Hunters/Chasseurs, negative G997, stereoview, ca 1857 (Collection José Calvelo) William Grundy, Rural and Pastoral Scenes in England, stereoview (Collection J. Calvelo) William Grundy ?, Unknown Church (negative 386), stereoview (Collection J.

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